12 novembre 2009
Dernière séance.

Les débris le fracas du désir qui s'émousse me torturent toujours le dépit le fatras des envies qui s'évadent me séquestrent encore je m'intimide quand je me regarde penchée au dessus de mon épaule surplombant une page blanche si j'approfondis je sens que je lui fais peur le vide et le danger m'appellent je fais seulement semblant de temps en temps de ne plus entendre leurs suppliques insistantes litanies entêtantes des névroses qui m'habitent je ressens fréquemment l'imposture et l'élan d'en finir le manque est mon prénom le doute est ma maison ce qui me perd c'est que j'aime les ambiances de drame maintes fois je me suis plu à contempler ma propre déchéance béante absence de mes moyens je divaguais j'avais l'impression d'être droguée de faire des bulles avec ma bouche j'étais ivre je n'entendais plus ce que je disais j'articulais l'apocalypse les mots étaient partout tout autour de moi dissociés de mon cerveau je les prenais en pleine face et me voyais filer à travers eux comme à travers les étoiles stylisées des anciens économiseurs d'écran d'ordinateurs je le voyais me regarder le doigt sur la bouche le coude sur le bureau et l'air circonspect ne pas comprendre de quoi j'étais en train de parler j'étais assaillie c'était la déroute lexicale le méli-mélo de neurones hors service le gros charivari je lisais sur son visage la peine que je lui causais assurément c'était laborieux et le crâne qui bouillonne prêt à imploser dans un gros sentiment d'auto-incompréhension et de rage atomique c'est douloureux comme c'est confus c'est délicat comme c'est foutraque je m'interromps défoncée à la pulpe d'intellect j'ai la tête en vrac je me coupe la parole je la charcute je transforme en charpie les mots que je recrache je m'embrouille je pense dans plusieurs langues à la fois que je ne comprends pas en version trop originale et non sous-titrée babillage aberrant glossolalie sournoise bruyante est la cacophonie de Kamoulox à l'intérieur j'invente des musiques qui ne peuvent pas exister c'est l'overdose sous le capot trop de couleurs transparentes se superposent je suis à sac dans ce dédale de supplices qui se chevauchent ce cloaque qui me dévore et lui en face a la mine déconfite et légèrement contrite du type embêté qui se sait dépassé et me dit faute de mieux et fort peu convaincu allez allez on va continuer à prendre un demi-cachet et on verra bien comme si tout allait pouvoir s'arranger demain comme si de toute manière cela ne pouvait pas être pire.
11 novembre 2009
Tout noter devient une folie.
Attends, attends, tu vas pas le croire, je rentre chez Tara Jarmon, et là je vois, tu sais pas qui ? HUBERT HOUDIN !!! /// Enlève ton doigt ! Arrête avec ton doigt ! /// Donc vous faites tremper vos pruneaux. /// Oui oui mes chaussures sont fourrées de partout, enfin elles sont fourrées jusqu'au bout, jusqu'au fond, enfin bref... /// Tu veux des nuggets, ils ont que neuf grammes de lipides, c'est pas beaucoup... /// Diederich. DIE-DE-RICH !!! /// Mets tes bouchons d'oreilles, moi je les mets pour vous...

09 novembre 2009
Bon dimanche, sous vos applaudissements.
21 ans /// 13 SMS /// 45 messages sur mon mur Facebook /// une robe violette en maille /// un bon pour une petite perle de Tahiti à choisir bientôt chez Nicole /// une place pour le concert d'Emilie Simon à la Cartonnerie le 28 novembre /// un calendrier dauphins de la Foirfouille /// un anorak atroce /// un parfum Vanille Praliné /// un parfum Violette Chérie /// le roman La Délicatesse de David Foenkinos /// une jupe de warrior en simili cuir /// une petite lettre de mon amour /// de l'argent /// et plus si affinités
Merci à tous pour vos messages, vos petits mots, vos cadeaux, vos surprises, vos attentions, pour la première fois depuis quatre ans je n'ai pas eu l'impression de prendre un coup de vieux ce 8 novembre, et ai au contraire eu l'impression d'être plus jeune que jamais, sourire aux lèvres et baume au coeur, et d'être la vraie petite reine du jour.
03 novembre 2009
Dans la salle d'attente de la vraie vie.
Tu es passé me serrer dans tes bras samedi matin, deux heures avant que ma mère ne vienne me chercher, et avant de repartir pour la Sablière, j'étais moche et je puais parce que je venais d'aller courir, et j'avais les cheveux sales, sans raison valable, mais tu as quand même trouvé que j'étais belle comme un elfe, parce que tu n'as pas vraiment les yeux tout à fait en face des trous, quand tu me regardes, je crois. Ou alors c'est à cause de ta tache de sang à la surface de l'œil qui donne par sa teinte marronnasse un aspect intéressant aux choses qui n'en ont pas tellement, je ne sais plus à quoi c'est dû, tu m'avais expliqué mais je n'ai pas retenu, peut-être que je te regardais au lieu de t'écouter, si cela se trouve, je suis un peu fatiguée, j'ai du mal à retenir les choses en ce moment, j'ai une mémoire sélective, je crois que je me souviens de ce qui est joli, les dents du bonheur s'appellent un diastème, en vrai, et les taches de rousseur, des éphélides, c'est facile de graver des mots pareils dans son cerveau, c'est mutin, c'est frais, c'est poétique, tant le fond que la forme, alors que ta tache sur l'œil, elle me fait de la peine quand j'y pense, cela m'attriste que tu ne voies pas les choses comme tout le monde, que tu ne les voies pas comme moi, déjà que je suis un peu daltonienne j'ai l'impression... Et synesthète, mais de moins en moins, parce que tout mon système dort un peu, c'est l'hibernation après la sollicitation excessive.
Tu me manques, tu me manques et j'ai froid, alors que c'est toi dont la chaudière est coupée dans la grande maison où j'aimerais habiter avec toi comme tu me l'as proposé, mais sans tes parents, parce que si ton père ressemble un peu à Sean Connery, ta mère est trop tentaculaire, mais c'est une autre histoire, j'ai le cœur gelé et le corps avec parce que tu es loin de l'un et de l'autre, et les horloges se jouent de moi, je pense, elles me font croire que le temps se fige dès que je quitte la trotteuse du regard, mais pourtant j'en fais des choses, en ton absence, malgré tout et l'air de rien, malgré rien et l'air de tout, ces trois derniers jours dont un de contretemps déjà écoulé plus un autre à venir, j'ai regardé la pluie par la fenêtre sans aller dessous parce qu'à quoi bon se faire saucer toute seule si l'on n'a pas envie de danser et de rire, j'ai regardé les glaces dans le congélateur sans en manger parce que j'étais déjà assez frigorifiée comme cela et que j'avais un petit peu envie de me punir sans trop savoir pourquoi, je n'ai pas cherché, j'ai eu du mal à m'endormir avant le petit matin alors que quand j'aurais voulu profiter de longues soirées avec toi je tombais raide de fatigue et emportée par le sommeil à 22h30, totalement terrassée, j'ai pesté contre ma mère qui, pendant ce temps, pestait contre moi, j'ai eu envie de fêter Halloween alors que je passais la soirée banalement chez moi pendant que l'évènement passait complètement inaperçu, j'ai fait des cauchemars dégueulasses dans un lit une place surélevé, je me suis levée à pas d'heure, j'ai sauvé Stitch du supplice du tambour, de la machine à laver bien sûr, j'ai laissé mon petit moral se faire un peu plus tirer vers le bas par les anciens de ma famille à qui j'ai bigophoné pour la forme, j'ai fait le compte des manques à gagner, j'ai eu envie d'aller m'asseoir dans un coin avec la tête entre les mains en me balançant d'avant en arrière comme une autiste mais je n'en ai pas tout à fait eu l'énergie, je me suis lamentée un petit peu mais pas trop, j'ai eu envie d'écrire et j'ai renoncé, j'ai eu envie de dessiner et j'ai laissé tomber, j'ai eu envie de réfléchir et j'ai oublié pourquoi alors j'ai débranché mon cerveau et je l'ai posé sur la table pour la nuit, il a un peu pris la poussière, c'est normal, j'ai fait d'autres rêves encore pires, j'ai eu peur d'être enceinte bien que ce soit techniquement impossible, a priori, j'ai eu des regrets, j'ai eu des remords, je suis passée à deux doigts de la jupe de mes rêves qui aurait agi un petit peu comme un déguisement magique et m'aurait donné le courage de panser mes failles en me faisant croire que je pouvais être belle et forte comme Barbarella, Xena, Lara Croft, Wonder Woman et j'en passe et des pas mûres, tout cela parce que c'est la matrice et que les vendeurs ne l'ont pas mise de côté comme ils l'avaient dit, j'ai été dépitée, découragée, attristée, déprimée, enragée, dégoûtée, j'ai vite expédié en un après-midi une large palette de sentiments négatifs, je n'ai plus su à quoi m'en tenir à cause de tes demi-devinettes mon amour, j'ai pleuré et me sont revenus de plein fouet tous les trucs que j'arrivais à faire passer au second plan en me caressant les neurones du leitmotiv délicieusement futile de la parure de simili cuir que j'allais pouvoir revêtir bientôt pour me sentir toute puissante pour une fois, et donner l'impression, à moi en premier lieu, en fait, d'un chouïa de confiance en moi, et avec la disparition subite du petit plaisir dont je me gratifiais d'avance, sont réapparus d'un bloc les angoisses, les rancœurs, les détresses, les sanglots, je me suis sentie stupide, tu me manquais, tu me manques, j'ai voulu faire attention à ce que je mangeais, et au dessert j'ai craqué et j'ai englouti une crème façon banana split, quatre gros carrés de chocolat noir dessert avec des amandes, des noisettes, des raisins secs et des noix de cajou, et un Duplo, et j'avais le cœur au bord des lèvres, au lieu d'y avoir les tiennes en miroir acollé, et je m'en voulais d'être un si piètre modèle de volonté, et j'avais toujours aussi faim, et envie de boire, et de fumer, toute une bouteille, tout un paquet, de me mettre la tête en vrac et d'oublier les tracas, parce que j'en avais encore plus marre que d'habitude de devoir toujours lutter, toujours me battre, toujours fournir tant d'efforts pour ne pas être si forte que cela, pourtant. J'ai discuté avec mon ex, ou plutôt c'est lui qui a discuté avec moi, ou qui a brassé de l'air à vrai dire, il est venu m'accoster virtuellement après des mois de silence en me disant qu'il avait l'air super cool mon copain, eh oui, il a dit que tu avais l'air d'être un bon vivant, et quelque part c'est presque aussi vrai que s'il avait dit qu'il était un homme à femmes, je me suis demandé ce qui m'avait plu en lui, je me suis demandé ce qui t'avait plu en elle, et puis en elle, aussi, après, je me suis demandé d'autres trucs mais il me semble que j'ai oublié quoi entre temps, je suis un petit peu diminuée, ou alors c'est que je n'essaye pas, ou que je suis déconcentrée, c'est le manque d'endorphines dans le sang, j'ai les phéromones inutiles, l'érotisme qui roupille, et l'excuse facile, j'ai hâte que tu me réveilles, j'ai parlé toute seule en imaginant vaguement que tu m'entendais parce que c'était toujours moins trahir mon envie de te parler à toi que de parler à quelqu'un d'autre qui n'aurait rien eu à voir avec ta personne avec un arrière-goût amer de pourquoi faire, je me suis fait sonner les cloches par une postière désagréable, je me suis fait rabrouer par mon reflet, ou alors c'est l'inverse, les cheveux le teint les yeux le corps j'ai tout haï et j'en ai eu marre de me regarder, je suis revenue bredouille d'une virée shopping compensatoire, j'ai recouvert le carrelage de 250 grammes de Chocapic en attrapant la boîte à l'envers, et, statufiée, j'ai dû attendre que tout le contenu de ladite boîte finisse de se déverser sur le sol dans un cliquetis dramatique avant d'entreprendre de réparer ma maladresse, alors j'ai tout ramassé à la va comme je te pousse, et j'en ai mangé la moitié, ou pas loin, en triant les cheveux, les tiens surtout, et les miens, un peu, aussi, et les miettes et les saloperies indéterminées qui se trouvaient dedans, forcément, avec la moitié d'un pot de yaourt au café supra calorique et format ogre adolescent, après une sage salade verte et un cordon bleu choisi exprès pour son faible taux lipidique, c'était bien la peine, ouais, je sais, après j'avais encore envie de vomir, comme à peu près toute la journée depuis quelques jours à cause de la mauvaise accommodation à mon putain de médicament et puis de la sale idée fixe hypocondriaque que je me fais et que je me ferai probablement toujours d'être enceinte, dans un coin de ma caboche d'âne bâté, et puis j'avais toujours faim, alors j'ai mangé la peau du tiers de mes doigts, autour des ongles, toi c'est les ongles, et moi les doigts, partage des tares, j'ai la chair à vif et des bouts de sparadrap autour qui m'irritent un peu et qui poissent déjà sur mon vernis doré qui s'écaille, ce n'est pas pratique pour taper, pour écrire, ce n'est pratique pour rien, un peu comme tout est beaucoup plus difficile quand tu es loin, un peu comme ton absence est un lourd handicap pour moi, et de plus en plus, qui anesthésie mes capacités physiques et mentales, tu vois, je me sens vite persécutée quand tu n'es pas là pour me ramasser, tu vois, je ne fais rien que des bêtises, des bêtises quand tu n'es pas là, tu m'as rappelé tout à l'heure qu'aujourd'hui, cela faisait tout pile trois mois que l'on se connaissait, tu accordes beaucoup plus d'importance aux dates que moi, ou alors ce sont tes souvenirs qui sont plus performants et mathématiques, je ne sais pas, j'ai envie d'écrire et je n'ai pas le courage, pas la solidité nécessaire pour me confronter à la forte probabilité de ne produire que de la merde ce soir, pas l'aplomb suffisant pour me permettre de tâtonner sans me casser la figure, alors que le seul échec assuré est celui dû au fait de ne pas avoir essayé, mais ce soir, sans toi, j'ai décidé de ne rien faire, j'ai pris l'initiative d'être inactive, reviens-moi très vite et renfloue-moi, chasse le doute et la tristesse qui m'accablent si facilement quand tu m'échappes, gratte simplement à la porte comme à ton habitude et mon mur des lamentations se fera aussi caduc que les feuilles d'automne, que mes défenses, que nos manteaux, plus douce sera la chute, oh pourvu qu'elle le soit, j'ai tellement de choses à te dire, mais qui pourront tout de même attendre un peu, si comme je le prévois tu le veux bien...
Always look on the bright side of life.

Y a des milliers de tonnes de cons qui n'iront pas se suicider.
Heureusement qu'il n'y a pas de Fête Nationale des tocards, je n'aurais jamais assez d'argent pour offrir un cadeau à tous ceux que je connais.
Aujourd'hui au sortir de l'usine à sourires.
Sur Pixel Star dans l'article "Lindsay Lohan copie Lily Allen"
SOSprozac [ Team Jen ] :
29 octobre 2009 à 0:47
Elle a 23 ans, pas de diplômes, de longs cheveux longs, elle devrait tenter la présidence de l'EPAD.
Sugar :
29 octobre 2009 à 13:05
Tu voulais sans doute dire de "longs cheveux blonds". C'est difficile d'avoir de longs cheveux courts, même avec des diplômes. Just sayin'... ; )
SOSprozac [ Team Jen ] :
29 octobre 2009 à 23:44
Si on peut postuler à l'EPAD sans diplômes, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas avoir de longs cheveux courts.
Noméo.

"Une journée avec Alain Souchon" dans le Elle du 23 octobre 2009
Quand je donne une interview à "Elle", je me coiffe la veille au soir. Il ne faut pas avoir l'air trop apprêté... Si je le pouvais, je me ferais faire aussi un petit lifting léger juste avant de rencontrer la journaliste.
Je me réveille vers 8h30, je dis à ma femme que j'ai mal dormi. Et donc qu'on devrait vivre à la campagne et élever des porcs. On serait au calme, on dormirait bien. Et puis c'est gentil, les porcs, même si ça mange les enfants. Elle me répond que je suis bougon. Et qu'on me retrouverait pendu d'ennui dans la grange. Alors, je lui dis d'accord. Et on va dans notre cuisine décorée XIXe siècle, toute grise, avec des placards et des boutons en laiton, prendre notre petit déjeuner. Je suis toujours bougon mais un peu moins, car j'aime bien prendre mon café et mes tartines, recouvertes de beurre salé et de confiture de prunes. C'est ma femme qui fait les confitures, l'été, dans notre maison de campagne. Elle est pieds nus sur le carrelage, elle ne porte quasi qu'un tablier, c'est la folie.
Ensuite, je prends un bain. Aussi rapide que le baptême de Clovis. Dans ma salle de bains XIXe. Le XIXe, c'est un siècle que j'adore, pour le romantisme et pour l'espoir. À l'époque, ils croyaient encore au pouvoir des machines et à l'industrialisation, ils pensaient que tout le monde allait être heureux ! Et voyez où ça nous a menés ! Bref. Je m'habille : pantalon bleu marine, blouson bleu marine, casquette, lunettes noires. On dirait un gendarme. Ou un agent de la police municipale de Blois. C'est que j'aime bien le bleu. Tout de suite après m'être habillé, je ne sais plus quoi faire.
Alors je dis à ma femme : je m'occupe du déjeuner. Je descends à la boulangerie la plus proche et j'achète deux sandwiches jambon-fromage. Et je dis à ma femme : je t'emmène, c'est une surprise. Sauf qu'elle la connaît déjà, car c'est à chaque fois pareil. Je l'emmène sur un Batobus. Sur les Batobus, il n'y a que des Chinois, et les Chinois ne me connaissent pas. Alors je peux enlever ma casquette, mes lunettes, c'est plus tranquille. Ma femme est contente. On mange nos sandwiches. On regarde Paris. Inspiré par le bateau, je lui dis : on devrait vivre au bord de la mer. Et elle me répond : tu commences demain le Casino de Paris, alors ce n'est pas le moment de déménager. Pense à ton travail. Je dis oui. Et on regarde la tour Eiffel. Puis on fait demi-tour. Et on descend à la station Musée-d'Orsay.
Et, tout de suite après, je suis désemparé car je ne sais plus quoi faire. Alors je dis à ma femme d'un air pénétré : je pars travailler. Et je vais dans les rues de Paris, poussé par le vent, chercher des phrases et des mots avec mon filet à papillons. En général, je reviens les mains vides et je suis un peu bougon. Je dis à ma femme : ce qui serait bien, c'est qu'on aille s'installer en Italie. Définitivement. On tuerait nos enfants. On recommencerait une autre vie. Mais elle me dit non. Ou : "Il te reste trois chansons à faire, écris-les." Ou : "Ce soir, tu veux qu'on aille voir tel film ?" Je réponds, d'un air las : "On peut pas plutôt louer le DVD ?" Et elle appelle sa soeur, effondrée, en disant que je n'ai aucune énergie. Là-dessus, on mange. Des légumes. Verts. Et un bout de viande pour moi. Ca m'est un peu égal car je n'aime pas tellement manger.
Puis je vais dans mon bureau d'un air inspiré. Ou, finalement, on regarde un DVD. Ou on va chez des amis. Ou on en reçoit. Un problème : je me disais qu'on allait inviter des gens de plus en plus haut placés dans le milieu du cinéma pour que, à la fin, Sharon Stone vienne manger à la maison. Mais, depuis que je l'ai vue dans un magazine en maillot de bain et les jambes un peu écartées, je n'en ai plus tellement envie. Ca m'a rendu triste. Vers minuit, je me couche. Je dis à ma femme : on va aller vivre dans le Sud marocain. Sous une tente. On ne verra plus personne. Et ma femme me dit : c'est une idée mais tu es bougon. Va d'abord chez le coiffeur car tu as tes concerts. Alors je m'endors, dans ma chambre XIXe très belle et très sombre avec une horloge gothique, et je fais des mauvais rêves. Je rêve de choses qui me contrarient. Il faudrait peut-être que j'en parle à ma femme.
02 novembre 2009
Whisper words of wisdom, let it be.
Je T'aime mon écorchée vive.
21:21:53
02/11/2009

27 octobre 2009
What I've felt, what I've known, never shined through in what I've shown.
Parfois, et de manière de plus en plus récurrente, la lubie me chatouille d'aller fourrer le nez dans mes paquets de missives reçues, empaquetées dans des tiroirs, dans des pochettes, dans des classeurs.
Cinq ans, grosso modo, de correspondance en vrac, de la nostalgie au kilo, des fous rires au quintal. Vrais serments, gros complexes, fausses confidences, déclarations muettes, perches tendues, bouteilles à la mer ou journaux presque intimes, des pages et des pages entières de carreaux hypnotisants couverts par les mots de Mathilde, de Laura, de Bélinda, de Thibaut, de Julien, d'Hassina, de Céline, de Nicolas, de Nora, reposent en paix pendant que je vis tout à côté sans y toucher, tantôt parce que j'oublie leur existence, tantôt parce que je m'interdis d'aller me replonger dedans, par peur d'une apnée mal contrôlée.
J'ai tant mis de moi dans les mots que j'ai pu offrir toutes ces dernières années, j'ai tant été chamboulée par ceux que j'ai pu lire, aussi, que je ne suis pas certaine de pouvoir supporter leur relecture que je juge encore trop précoce. C'est toujours lorsque l'on est fragilisé que nos envies tendent vers ce qui pourrait nous achever le plus facilement, et bien que ne me souvenant que très mal de tout ce dont il était question dans tout ce courrier, je sens que l'effet des phrases inscrites serait décuplé par le temps écoulé entre leur rédaction et leur redécouverte, que la mélancolie m'étranglerait le cœur pour ne plus desserrer sa poigne pendant un bon petit moment, et risquerait de me plomber plus qu'autre chose, de me jeter dans un abîme de remise en question stérile, de me bousculer plus que de raison en me faisant peut-être comprendre soudainement des choses qui m'auraient échappées jusqu'alors, sans pouvoir changer quoi que ce soit à des situations entérinées depuis trop longtemps, ravivant d'anciennes rancœurs et créant des regrets supplémentaires.
Les élans sournois se font plus lancinants, la curiosité morbide me titille assez, j'aurais presque hâte que dix ans s'écoulent afin de pouvoir faire céder les verrous et de passer des soirs entiers à m'imprégner du texte suranné, un sourire tendre aux lèvres, dans un rapport sain de moi à moi par le biais de la prise de distance, amusée de ma candeur passée, de mes petits problèmes grossis à la loupe, de mes bisbilles risibles, de mes douleurs dérisoires, sans risquer, par trop de hâte, de rouvrir des plaies encore peu cicatrisées en allant profaner les tombes d'amitiés passionnelles et de romances déchues enterrées vivantes dans ma mémoire.
Poil au flan sur terrain vallonné.
Je suis écartelée par mes frustrations, je manque de souffle, les canalisations de mon énergie vitale fuient, je suis dispersée dépassée terrassée, touchée coulée fatiguée, l'angoisse est cyclique, chronique, périodique, les curseurs de l'intellect sont au plus bas, mon psychisme dévale au ralenti la pente douce vers l'apocalypse et mes nerfs se nouent, j'aime je vomis, sous peu j'oublierai que je perds la mémoire, j'aimerais bien réussir à avoir envie de plein de choses à la fois mais je n'en ai pas la force, pas encore, bientôt, et quand demain tout ira mieux sans déclic particulier je ne saurai déjà plus dans quel état j'étais ni quelle était l'ampleur du délabrement de ma vitalité, alors la mort de l'âme encore une fois à quoi bon, bonne nuit.







